Je ne supporte pas de te voir comme ça

16/11/2008

« Je ne supporte pas de te voir comme ça », c’est l’unique phrase de maman. Je pense que celle-ci va me rester longtemps, elle s’ajoutera aux phrases qui vous marquent une bonne partie de votre
vie, qui vous rendent plus fort si vous savez les maitriser, ou qui vous rendent vulnérable.

C’est à ce moment là que j’ai voulu faire ce blog, comme un livre qui retracerait mon parcours personnel, une sorte de biographie de convertie comme tant
d’autres. Ma vie n’est pas exceptionnelle, mais j’ai tellement de choses à raconter, des déceptions, des choix, et des décisions…

Je porte le foulard depuis plusieurs mois maintenant, en cachette par rapport à ma famille, sauf qu’aujourd’hui, j’avais décidé de franchir le cap. Ma maman m’a toujours dit que nous pouvions
faire ce que l’on veut, du moment que nous sommes heureux. C’est avec cette philosophie qu’elle a accepté mon mariage éclair avec N., ma première grossesse, et mes dérives d’adolescence. Cet
après-midi, j’ai compris qu’elle acceptait, à partir du moment où ces choix ne dépassaient pas ses limites. Ce soir je suis triste. Elle savait pourtant que je priais, faisais le ramadan, croyais
en Dieu, mangeais hallal, mais le foulard, c’est trop.
Ce matin, nous partons N., les enfants et moi pour faire nos courses et visiter maman. Je porte mon hijab et vais pour le retirer lorsque nous arrivons au dernier feu avant chez elle, N. se moque
de moi, me dit que je suis hypocrite et qu’il faudra bien que j’annonce mon choix si je suis heureuse avec ce voile. J’hésite, le garde dans mes mains, puis le remet sur ma tête, ce sera
aujourd’hui que je passerais ce cap.
Nous sortons de la voiture, ouvrons la porte, je croise l’ami de maman, il fait comme ci de rien n’était, j’apprécie, puis ma maman me voit, ne bouge pas, me fit la bise mais je sens bien qu’elle
n’apprécie pas. ce voile ne la dérange pas sur la tête d’une autre, elle est même sympathique avec les voilées, mais avec moi ça ne passe pas, du tout. Quand N. a le dos tourné, elle me fait sa
tête genre « que t’arrive-t-il, tu me fais une blague ? », je répond que non et détourne son regard. Nous allons dans le salon. Elle allume une cigarette alors que mes enfants sont dans la pièce, y
compris M. qui n’a que 6 mois, je n’aime pas mais je me tais. J’ai l’impression d’avoir fait une bétise, alors que je n’ai pas changé, je suis toujours la même personne. L’ambiance est lourde, je
discute avec son ami, mais ne pense qu’à ça. Elle me tourne le dos, reste avec mes petits, ne me parle pas, ni même me regarde, je suis mal. Elle passe devant moi.
- » ça te fait bizarre de me voir comme ça ? »
- » oui, je ne supporte pas de te voir comme ça »
Elle file dans la cuisine, et je reste là. Mon mari sent le malaise, comment ne pas le sentir, il est là, bien lourd, bien pesant, impossible de l’ignorer avec ce voile noir sur ma tête qui
semble être la seule chose apparente dans là pièce. Pour l’anecdote, il était convenu que je lui ramène un fromage de chèvre fermier, pour qu’elle le goute, et profite éventuellement plus tard du
prix attractif auquel nos amis vendent ses fromages, elle nous a demandé combien elle nous devait et à insisté pour le payer, comme si un réel écart venait de s’installer entre nous. Elle
continuera à me tourner le dos, et ne me parlera pas. Mon mari me propose de partir avec lui, car ce n’est pas la peine de poursuivre, qu’il vaut mieux calmer les esprits. M. changée, les petits
manteaux mis, nous repartons, je fais la bise, mais fuis son regard, je suis triste.




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