Un plateau oriental en jesmonite réussi tient en quatre chiffres : 2,5 parts de base pour 1 part de liquide en poids, 1,85 g/cm³ pour calculer le mélange, un démoulage à 30-45 minutes et un ponçage à l’eau du P180 au P600. Le reste se joue avant la coulée. Le décor oriental (arabesques, étoile à huit branches, laiton, feuille d’or) naît du moule, et une fine couche passée au pinceau dans le relief supprime les bulles là où elles se voient le plus.
Le matériel et les conditions d’un plateau oriental en jesmonite réussi
La Jesmonite AC100 est un composite à base d’eau (gypse et résine acrylique) mis au point au Royaume-Uni en 1984. Sans solvant, colorable dans la masse, elle reproduit chaque détail d’un moule silicone, jusqu’aux reliefs fins d’une arabesque. Il vous faut une balance au gramme, deux récipients, une spatule rigide, un pinceau plat de 3 cm, un moule silicone, des pigments, du papier abrasif « wet & dry » et un scellant.
Les moules silicone se passent de démoulant : leur surface brillante donne la face lisse du plateau. Si vous partez de zéro, les kits AC100 avec moule, pigments et guides en français regroupent ce matériel. Vous pouvez consulter cette page pour comparer les formats de moules et les teintes avant le calcul des quantités. Un kit d’1,25 kg de base et 500 ml de liquide suffit pour un plateau de 30 cm.
Travaillez entre 18 et 25 °C, jamais sous 10 °C : le froid laisse une surface poudreuse, la chaleur fige le mélange avant la fin de la coulée. Prévoyez 8 mm d’épaisseur minimum jusqu’à 30 cm, 10 à 12 mm au-delà. Dès 40 cm de long, noyez une couche de fibre de verre Quadaxial à mi-épaisseur, sinon le plateau casse ou se voile.
Combien de Jesmonite pour un plateau ? Le calcul au gramme
La formule tient en une ligne : volume du plateau en cm³ × 1,85 = poids total du mélange en grammes. Divisez ce poids par 3,5 pour obtenir le liquide, multipliez le liquide par 2,5 pour obtenir la base. Ajoutez 10 % de marge pour un moule lisse, 20 % pour un relief profond ou des rebords.
Pour un moule de forme complexe, la méthode à l’eau est plus sûre : remplissez le moule d’eau jusqu’au niveau voulu, pesez l’eau, divisez par 2 pour le liquide et multipliez ce résultat par 2,5 pour la base. 100 g d’eau donnent ainsi 50 g de liquide et 125 g de base. Séchez le moule avant de couler. Quantités pour quatre formats, marge de 10 % incluse :
| Format du plateau | Volume | Mélange sans marge | Liquide (+10 %) | Base AC100 (+10 %) |
|---|---|---|---|---|
| Petit ovale 17,5 × 9 cm, 8 mm | 99 cm³ | 183 g | 58 g | 144 g |
| Ovale 35 × 25 cm, 8 mm | 550 cm³ | 1 017 g | 320 g | 799 g |
| Rond Ø 30 cm, 10 mm | 707 cm³ | 1 308 g | 411 g | 1 028 g |
| Rectangle 40 × 28 cm, 10 mm | 1 120 cm³ | 2 072 g | 651 g | 1 628 g |
Au-delà de 1,5 kg, préparez deux gâchées successives : la prise démarre entre 5 et 10 minutes et une gâchée lourde se mélange mal. Pesez alors les pigments au dixième de gramme pour garder la même teinte.
Le décor oriental se décide avant la coulée
Le motif ne se rajoute pas proprement après coup : il naît du moule, de la couleur ou d’une inclusion. Quatre techniques donnent un rendu oriental net, et se combinent.
Le moule à relief : arabesques, étoile à huit branches, mashrabiya
Un moule silicone gravé reproduit le décor au dixième de millimètre, mais chaque angle rentrant d’une étoile à huit branches piège de l’air : la couche au pinceau, détaillée plus bas, règle ce problème. Les motifs de faible profondeur (1 à 3 mm) se poncent ensuite sans s’effacer ; au-delà de 5 mm de relief, le ponçage se limite au dos et aux arêtes.
Le terrazzo oriental : éclats de couleur
Coulez à l’avance de fines plaques de 3 à 4 mm en vert émeraude, terracotta et bleu Majorelle, cassez-les en éclats de 5 à 15 mm, puis répartissez-les dans un mélange crème ou sable. Le ponçage révèle les éclats en coupe, aux contours de plus en plus francs. Pour choisir une palette cohérente avec la pièce, les tableaux orientaux et leurs palettes de couleurs donnent des accords de teintes directement transposables au plateau.
Le laiton en coulée à froid (cold cast)
Mélangez de la poudre de laiton ou de bronze à la couche de surface, à poids égal avec la base, et passez-la au pinceau sur 1 à 2 mm dans le moule avant de couler le corps du plateau. Après démoulage, frottez à la laine d’acier 0000 : le métal remonte et le plateau prend l’aspect d’un laiton marocain ciselé.
La feuille d’or sur les reliefs
La feuille d’or imitation (carrés de 14 × 14 cm) se pose sur le plateau sec et poncé, au pinceau, sur une mixtion à l’eau laissée 15 minutes jusqu’à devenir collante. Réservez-la aux arêtes et aux sommets du relief : un plateau entièrement doré perd l’effet de pierre. L’imitation s’oxyde et noircit en quelques semaines sans scellant ; le vernis est ici obligatoire.
Côté couleur, dosez les pigments à 5 % maximum du poids total, dissous dans le liquide avant d’ajouter la base. Pour un plateau rond de 30 cm, cela fait 65 g au plafond ; 1 à 3 % suffisent pour un terracotta ou un vert profond. Pour un effet marbré, ajoutez la seconde couleur en fin de mélange et ne remuez que deux ou trois tours.
Couler sans bulles dans un moule à arabesques : la méthode en 7 étapes
Vous disposez de 10 à 15 minutes de travail à 20 °C : tout doit être prêt avant de mélanger.

- Calez le moule à plat avec un niveau à bulle sur une planche : 1 mm d’écart sur 30 cm se voit au ponçage et donne un plateau bancal.
- Pigmentez le liquide et mélangez 30 secondes jusqu’à disparition des grains de couleur.
- Versez le liquide dans la base, jamais l’inverse, et mélangez 1 à 2 minutes en raclant fond et parois, sans fouetter pour ne pas incorporer d’air.
- Passez la couche de surface : prélevez un quart du mélange et étalez-le au pinceau sur 2 à 3 mm dans tout le relief, en tamponnant dans les angles de l’étoile et des arabesques.
- Coulez le reste dans les 5 minutes, en filet fin depuis un seul point, à 20 cm de hauteur : le filet étiré fait éclater les bulles avant qu’elles touchent le moule.
- Vibrez 2 à 3 minutes en tapotant la planche ou sur un plateau vibrant, jusqu’à ce que plus aucune bulle ne remonte.
- Arrêtez-vous 1 à 2 mm sous le bord du moule : le dos sera moins épais à poncer, et vous lissez la surface à la spatule avant la prise.
Notre conseil : sur un moule à relief, la couche au pinceau compte plus que toutes les vibrations. Taper le moule chasse les bulles du corps du plateau, pas celles collées dans un angle du silicone. Au-delà de 5 minutes, cette couche prend et la coulée ne s’y soude plus : enchaînez sans pause.
Démoulage et séchage : la fenêtre qui garantit un plateau plan
La Jesmonite chauffe en prenant (réaction exothermique). Démoulez quand le plateau a chauffé puis refroidi et que l’ongle ne marque plus le dos : 30 à 45 minutes à 20 °C pour 8 mm, jusqu’à 1 h 30 pour 12 mm ou par temps frais. Retournez le silicone comme un gant, sans faire levier.
Poncez 1 à 2 heures après le démoulage, quand la matière se travaille encore facilement ; après 24 heures, chaque arête demande dix fois plus d’effort. Faites ensuite sécher 1 à 2 jours sur une grille, en retournant le plateau toutes les 12 heures. Un dos qui sèche moins vite que la face se rétracte et voile le plateau. Comptez une semaine avant la feuille d’or et l’usage quotidien, le temps d’atteindre la résistance finale.
Ponçage à l’eau : quels grains pour une surface de pierre polie ?
Le ponçage transforme un objet de loisir créatif en plateau d’aspect pierre. Il se fait à l’eau, au papier « wet & dry » sur cale : l’eau fixe la poussière minérale et évite l’encrassement. À sec, portez un masque FFP2.

| Grain | Zone | Objectif | Temps pour un plateau de 30 cm |
|---|---|---|---|
| P180 | Dos et arêtes | Effacer la trace de coulée, aplanir le dos, casser l’arête vive | 10 à 15 min |
| P240 | Dos, arêtes, face | Supprimer les rayures du P180 ; grain de finition minimal avant vernis | 10 min |
| P400 | Toutes les faces | Toucher doux, éclats de terrazzo nets | 8 min |
| P600 | Face et arêtes | Aspect pierre mate homogène | 5 min |
| P1000 | Face (option) | Reflet satiné, laiton cold cast plus lumineux | 5 min |
Poncez en cercles sur la face, en passages droits sur les arêtes, et rincez entre chaque grain : un grain de P180 oublié raye tout le travail au P600. Sur un relief, ne poncez que les sommets, à la cale. Arrondissez les arêtes d’1 mm : une arête vive s’écaille au premier choc.
Sceller le plateau : que peut-on poser dessus ?
Brute, la Jesmonite reste poreuse : un thé renversé laisse une auréole en quelques minutes. Le scellant de surface Jesmonite s’applique en 2 couches au pinceau sur plateau propre et sec, la seconde une fois la première sèche ; il protège de l’eau et des UV. Conservez-le entre 5 et 25 °C, 6 mois maximum après ouverture. Un vernis acrylique en spray convient aussi en 2 à 3 voiles croisés, et une cire microcristalline sur le scellant sec ravive les couleurs sans faire briller.
Le contact alimentaire direct est exclu. Jesmonite Ltd n’a pas testé sa matière pour cet usage et ne le recommande pas, et les scellants et vernis de la marque ne sont pas certifiés alimentaires. Un plateau à thé qui reçoit des verres, une théière posée sur un dessous-de-plat ou des bols, oui ; des cornes de gazelle ou des dattes posées à même la surface, non, sauf sur un napperon ou une assiette.
Le plateau trouve donc sa place au service du thé, avec verres beldi et théière argentée. Pour accorder le mur à la table, les tableaux orientaux pour salon de thé en reprennent l’univers et les teintes.
Entretien : un chiffon humide, ni abrasif ni lave-vaisselle. Une théière bouillante posée directement ramollit le scellant et laisse une marque ronde. Collez quatre patins de feutre de 10 mm sous le plateau. En extérieur, passez à l’AC84 avec un vernis adapté : l’AC100 est conçue pour l’intérieur.
Bulles, voile, gauchissement : les 6 défauts et leur rattrapage
Les défauts apparaissent au démoulage ou au premier ponçage, et presque tous se rattrapent avant le scellant.

| Défaut | Cause | Rattrapage |
|---|---|---|
| Bulles dans le relief | Pas de couche de surface au pinceau | Remplir au mélange frais pigmenté (5 g liquide + 12,5 g base), laisser prendre, poncer au P400 |
| Micro-trous sur la face | Mélange fouetté, vibration trop courte | Barbotine de Jesmonite frottée au doigt dans les trous, ponçage P400 puis P600 |
| Plateau voilé | Séchage à plat sur surface pleine, épaisseur trop faible | Sécher sous poids réparti 24 h sur grille ; sous 8 mm, recouler |
| Fissure fine | Démoulage trop tôt ou levier sur le plateau | Barbotine teintée dans la fissure, ponçage ; fissure traversante : recouler |
| Taches de couleur | Pigment ajouté dans la base au lieu du liquide | Ponçage P240 si la tache est en surface ; sinon en jouer en effet marbré |
| Arête ébréchée | Ponçage trop tardif, arête vive | Arrondir au P240 sur 1 à 2 mm, puis P400 et P600 |
Coulez toujours un sous-verre dans la même gâchée : il sert de témoin de couleur et de matière de rattrapage. Le plateau terminé s’intègre alors à une décoration orientale d’ensemble, aux côtés du cuivre et des textiles brodés.

